L'Ehpad idéal

Définition de l’EHPAD idéal

EHPAD signifie Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes. C’est comme une maison de retraite mais avec une qualité de prise en charge supérieure conciliant surveillance quotidienne et soins médicaux spécialisés.Les Ehpad sont les établissements qui accueillent les résidents des maisons de retraites lorsque ces derniers perdent en autonomie. Ils ont alors besoin d’un suivi personnel plus soutenu. Ce transfert peut logiquement paraître très stigmatisant, signe du corps qui s’affaiblit et donc de l’âge qui avance. Il est donc primordial de bien choisir son Ehpad pour être sûr d’être bien accompagné.

Malheureusement il est maintenant officiellement reconnu que les Ehpad traversent une crise profonde ! En effet, les députés Monique Iborra et Caroline Fiat se sont vues confier la réalisation d’un rapport sur l’état de santé des Ehpad en France. Il a été présenté à l’Assemblée Nationale le 14 Mars 2018. Selon les deux ministres, ces établissements ne sont plus en mesure d’allier soins et qualité de vie décente à leurs résidents, le tout dans un contexte de population vieillissante.

Bref, il faut totalement repenser le modèle de l’Ehpad.

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Un déficit de lits chronique

C’est dans ce type de structure que l’on constate clairement les enjeux du vieillissement de la population. La France comptabilise 600 000 pensionnaires vivant dans 7200 établissements. La moyenne d’âge de ces 600 000 pensionnaires est passée de 83 ans en 2007 à 85 ans et 8 mois en 2015. En outre, les résidents de 90 ans et plus représentaient 26% de la population des ces hébergements en 2007 contre 38% en 2015.

La préoccupation est donc réelle. En effet, les seniors représenteront 32% de la population en 2040 (22,6 millions) et le taux de personnes âgées dépendantes augmentera de 50% pour passer à plus de 900 000 individus à loger. Il y a malheureusement déjà pénurie de lit ! En 2012, 5 000 places ont été créées pour un besoin de 10 000 places…

À noter aussi qu’un résident d’Ehpad souffre d’environ 8 pathologies en moyenne dont 37% en subissent une chronique non stabilisée et 15% ont une pathologie aiguë. Ces constats, rapportés par le rapport Iborra Fiat soulève aussi la pénibilité qu’affronte chaque jour les employés de ces centres, confrontés aux troubles et démences de ses occupants.

Un déficit d’employés chronique

En 2017 on compte moins de six aides-soignants/infirmières pour 10 résidents dans notre pays. En Allemagne ou en Belgique ce ratio se rétrécit à 8 pour 10 tandis qu’au Danemark et en Suède il y en a 12 pour 10.
Bref, en France, on délaisse nos seniors !

Toujours selon le rapport, pour qu’un résident soit correctement pris en charge (toilette, habillage, repas, écoute) il faut un ratio de 1 aidant par résident. On est donc loin du compte, alors qu’apparemment nos voisins européens semblent y arriver aisément.

N’oublions pas les contraintes physiques qui font partie intégrante du métier. Et oui, aide-soignant en Ehpad rime souvent avec instrumentalisation de son corps comme accessoire de levée des patients. Ces derniers, parfois dans l’incapacité de se lever de leurs lits, comptent sur le personnel pour ne pas rester allongé dans leurs chambres. La manipulation d’un corps n’est pas chose facile et se traduit inévitablement par un taux d’accident de travail et de maladie professionnelle élevés dans ce secteur (+45% en 10 ans).

D’une part ce manque de personnel entraîne un mal-être au travail pour les employés qui ne peuvent tisser de liens avec les résidents. D’autre part les résident se sentent mal traités voire même maltraités puisque les employés exécutent très (trop) rapidement leurs tâches quotidiennes et ce de façon mécanique.

Déambulateur

Mais alors qu’est-ce qui bloque ?

Comme toujours, une histoire d’argent…
D’ici 4 ans, si les 200 000 recrutements nécessaires pour combler le ratio manquant de soignants se comble, l’État devra débourser entre 7 et 10 milliards d’euros. La ministre de la santé, Agnès Buzyn, affirme qu’il ne peut pas se le permettre.
À cela s’ajoute la réforme tarifaire débutée en 2015 par le gouvernement Hollande prévoyant d’aligner les dotations des Ehpad privés et publics d’ici 2023. Soit une perte de 200 millions d’euros pour ces établissements sur 7 ans. De quoi faire des heureux !

Évidemment la réforme n’est pas passée auprès de nombreux français. Des mobilisations ont lieu pour se faire entendre, à l’instar de celle du 15 Mars 2018 où personnel d’Ehpad, retraités et organisations libérales se sont réunies pour faire abroger cette réforme.
Au final, la réforme restera en vie mais une enveloppe de 100 puis 50 millions d’euros sera allouée aux Ehpad. On est loin des 7 milliards minimum requis pour accompagner humainement nos seniors en fin de vie…

Bref, les Ehpad ont mauvaise presse. Et ce n’est pas nouveau. Mais alors quelles sont les solutions pour rendre dignité à la fois à nos seniors mais aussi à notre pays ?

Les solutions

Mesures préconisées par le rapport

Le rapport Iborra Fiat remis au gouvernement établit clairement que les Ehpad en France connaissent une crise profonde à laquelle il faut apporter des solutions concrètes et urgentes. 31 propositions au gouvernement y sont exposées et analysées. Revenons sur les plus importantes :

Proposition n°1 : doubler le taux d’encadrement d’ici 4 ans (2022) pour passer à un ratio de 1 soignant pour 1 résident. Estimation du coût 8 à 10 milliards selon la répartition aides-soignants/infirmières.

Proposition n°3 : actualiser et revaloriser le métier d’aide-soignant. Un ouvrage écrit par Mary-Agnès Costa-Clermont permet de répondre à ce sujet en prônant le rôle déterminant des aides-soignants dans l’accompagnement en fin de vie (L’aide-soignant face à la fin de vie).

Proposition n°4 : Mettre en place un plan de communication national pour changer et sensibiliser le regard que les français ont sur nos seniors et sur les métiers de la filière gérontologique.

Proposition n°6 : Se donner les moyens de développer la télémédecine. Les rapporteures soulignent les bénéfices de la télémédecine mise en place de façon expérimentale dans 3 Ehpad. En effet, ce dispositif permet de faire reculer le renoncement aux soins des résidents qui ont un accès facilité à une expertise spécialisée, un confort de consultation (plus de transport ou d’attentes interminables) ou encore la possibilité de faire participer les soignants et/ou la famille.

La télémédecine permettrait de plus la diffusion des bonnes pratiques de soins au sein des équipes soignantes et la montée en compétence du personnel assistant aux consultations.

Proposition n°7 : financer les efforts de prévention santé des Ehpad. Il est évident qu’il vaut mieux, dans tous les cas, prévenir que guérir. Ainsi les fonds alloués aux préventions des escarres, de la malnutrition, des chutes ou encore des risques psychologiques n’est pas suffisant selon les députées. Pire, certains directeurs admettent ne pas vouloir trop « prévenir » certains dangers récurrents aux résidences de peur d’avoir des seniors en meilleure santé et donc une dotation diminuée (selon les grilles AGGIR et PATHOS). Le comble !

Propositions n°9 et 10 : rénover les établissements et donner aux résidents une qualité de vie correspondant à notre temps. L’intérêt est de mettre à disposition des chambres spacieuses, individuelles, sans vis-à-vis et avec le Wifi.

Proposition n°13 : Créer un centre chargé d’évaluer et labelliser les nouvelles technologies applicables aux Ehpad avec plateforme de location de ces technologies. C’est un idée prépondérante : mettre en avant les nouvelles technologies pour améliorer la vie des résidents et des soignants. Il est primordial de tabler aujourd’hui sur ces nouvelles technologies pour soulager le personnel et améliorer la sécurité des personnes âgées. De plus, la mise à disposition de ces technologies sur une plateforme permettra un accès facile et non contraignant au dispositif.

Cette proposition va de pair avec la proposition n°15 qui propose une simplification pragmatique des techniques utilisées en Ehpad en faveur de l’utilisation de ces nouvelles technologies et ce en adéquation avec un lissage réglementaire.

Proposition n°16 : Créer des établissements spécialement dédiés à la maladie d’Alzheimer.

Voilà un petit condensé des propositions les plus importantes à mon avis pour conduire les Ehpad vers un modèle idéal.

L’EHPAD idéal

Massage grand-mère

Évidemment l’Ehpad parfait n’existe pas et songer à atteindre un modèle d’excellence relève de l’utopie. Peu importe, l’idée de cet article est d’indiquer tous les éléments qui feront d’un Ehpad un établissement de référence.

L’ehpad idéal se situe en centre ville. Il est facile d’accès pour les familles des résidents avec le nombre de places de parking adéquat. Il au minimum un encadrant par résident. Cet encadrant pourra ainsi passer plus de temps avec ses résidents et tisser des liens avec eux. Des ateliers pour les aidants pourront être organiser afin de développer leurs compétences dans une atmosphère calme et posée.

La télémédecine est une pratique courante dans ces Ehpad, permettant à chaque personne âgée de bénéficier des soins adaptés à sa situation sans être obligée de se déplacer ou d’y renoncer. Les consultations de télémédecine ouvertes permettent d’ailleurs aux aidants de développer leurs connaissances sur certain sujets pratiques.

Chaque chambre est spacieuse et individuelle, avec le Wifi. Elle respecte les normes françaises en vigueur et ne tombe pas dans l’écueil de la chambre en collocation : elle permet aux seniors de bénéficier de leur intimité et de calme.

Les innovations technologiques font partie intégrante du matériel disponible. Dans une volonté de protéger et non de surveiller, certaines technologies sont déjà disponible pour améliorer le quotidien des résidents et aidants. Le bracelet d’alerte Vigéo en est un exemple : se caractérisant pas un design non stigmatisant, le bracelet permet d’appeler de l’aide d’une simple pression. En lien avec une application sur smartphone, ce dernier peut aussi détecter les chutes et alerter automatiquement les aidants.

L’Ehpad de demain c’est aussi un établissement qui offre plus de transparence. Les dossiers médicaux doivent être régulièrement consultables et chaque soucis de santé doit être notifié aux familles. La transparence c’est aussi la possibilité de savoir comment est utilisé l’argent public dans l’Ehpad avec un libre accès aux comptes.

Les dotations ne seront plus indexées sur l’autonomie des résidents. En effet, aujourd’hui, moins les résidents sont autonomes, plus les dotations versées par l’assurance maladie sont élevées. Cela peut pousser certains dirigeants d’Ehpad peu scrupuleux à ne pas faire le nécessaire de prévention et de sensibilisation pour repousser la perte d’autonomie.

Les défis pour atteindre un Ehpad moderne, respectueux de ses résidents et transparent sont encore nombreux. Mais le rapport Iborra Fiat peut faire changer les choses. N’oublions pas que 2 millions de français seront concernés par les Ehpad d’ici 2025.

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